Exposer ses peintures dans une galerie - et découvrir une palette d'émotions chez ses spectateurs

Exposer ses peintures dans une galerie - et découvrir une palette d'émotions chez ses spectateurs

Vendre ses œuvres, c’est parler de soi Créer c’est s’exposer au regard de...
2025-12-29T00:00:00+01:00

Vendre ses œuvres, c’est parler de soi 

 

 

Créer c’est s’exposer au regard de l’autre, c’est une prise de risque insensée, un acte de foi. Tout comme de parler à un inconnu, c’est donner à voir ce que avons au plus profond de nous, élaboré, mais surtout non élaboré, comme ces fantômes et ces blessures dont nous n’avons pas conscience. 

 

 

Choisir de présenter son travail au public, d’être interrogé, peut représenter une marche inquiétante à gravir, même s’i  on est motivé et que l’on a été invité à le faire. C’est tout à la fois montrer une étape de son travail et une étape de son évolution personnelle. Nul doute qu’il peut-être déroutant de se livrer lorsque l’on n’y est pas habitué et l’on peut rêver de l’intercession d’un marchand d’art qui saura mieux parler de notre travail (en tout cas c’est mon cas !).

 

 

S’exposer

 

 

isabelle Bradfer burdet artiste peintre

Et pourtant, en présentant son oeuvre dans une galerie, on découvre bien vite que les spectateurs ne veulent pas forcément savoir ce qui nous a amené à créer, ils veulent parler de ce qu’ils ressentent, de ce que les oeuvres leur évoquent, ce que cet archer fait résonner de leur instrument.

En un mot, ls veulent que les toiles soient un miroir de leurs émotions.

 

 

Lors de ma première exposition en solo, je m’attendais à devoir parler des lieux peints sur les toiles, de l’origine de certaines créations, de moi, et au final après quelques mots de ma part, ce sont surtout les spectateurs qui m’ont parlé de leur ressenti, du titre qu’ils auraient donné à l’œuvre, du lieu réel ou imaginaire qu’ils voyaient, du lien entre les toiles, de leur enfance, de leurs propres créations artistiques. C’est comme si les tableaux devenaient un support de thérapie et que j’étais amenée, malgré moi, à écouter les mythologies intérieures de mes interlocuteurs.

 

 

La toile appartient à celui qui la regarde

 

 

Bien sûr, une œuvre d’art appartient à celui qui la regarde (voir aussi l’article sur la signature). Ce n’est qu’un objet qui dépend du sujet qui l’observe et l’interprète. C’est un poncif de la philosophie.. En ayant appris à analyser une œuvre lors de mes études en histoire de l’art, j’ai découvert à quel point une étude synchronique ou diachronique pouvait éclairer une œuvre en s’appuyant sur les influences contemporaines et sur la vie personnelle et les inspirations de l’artiste. Mais j’ai aussi réalisé à quel point l’analyse, en disait plus sur les personnes qui s’y adonnaient. Là aussi le sujet est plus signifiant que l’objet. 

 

 

C’est ainsi qu’au fil des visites lors de mes permanences à la galerie, j’ai entendu interpréter les paysages, les couleurs, les titres de mes œuvres et résonner avec la propre expérience des spectateurs, leur imaginaire, leurs désirs. Un tableau rouge, le chemin parcouru, pouvait être celui qui attirait irrésistiblement quelqu’un et qu’il reliait à un autre tableau, avec raison. Un autre tableau violet, celui-là, dérangeait quelqu’un d’autre. Les enfants qui sont venus voir l’exposition en particulier glosé sur les arbres et les villes imaginaires. Eux aussi ont dessiné leur propre arbre, sans doute avec moins de réserve que les adultes. Le format carré également a beaucoup intrigué. Il est rare de choisir une composition qui ne soit pas en paysage pour des marines et pas en portrait pour des forêts.

 

 

 

 

Ces réactions m’ont beaucoup interrogée. J'espère que ces nombreuses interactions ont également marqué les spectateurs dont certains ont acquis des toiles et notamment celle que j’étais en train de peindre. Il est probable que psychologiquement voir réunis des tableaux comme autant de facettes ou de pièces de puzzle de l’imaginaire d’un artiste donne davantage envie de donner son avis, de choisir, de se positionner, à l’instar des rayons d’un magasin bien achalandé. Il y a sans doute matière à réfléchir sur la manière dont on se positionne, dont on se reconnaît et dont on fait l’acquisition d’une toile qui nous ressemble.

 

 

Et il peut être amusant de constater que finalement, lorsque l’on s’expose, ce sont également les autres qui s’exposent, comme s’il fallait impérativement créer une relation un échange, trouver des points communs avec l’artiste qui offre à voir son monde intérieur. Une sorte de "don contre don" que l’on achète un tableau ou non. 

 

 

Et vous, exposez-vous vos créations ? Avez-vous des rétiences ? Et si vous exposez, quelles sont vos impressions ? Je serais curieuse de découvrir ce que ce sujet vous inspire, et puisqu'il est impossible de laisser des commentaires sur ce blog, je vous invite à les laisser sur mon profil Facebook.

 

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